olivier godechot

10 avril 2014 | Tatiana Chadenat, "Votre salaire se mesure-t-il au sexe de votre patron ?", Le Figaro Madame

Votre salaire se mesure-t-il au sexe de votre patron ?

Lorsque le boss est une femme, les écarts de salaire seraient réduits de 30 % à 85 %, selon une étude publiée par l’Insee

Par Tatiana Chadenat

Lorsque le supérieur est une femme, les écarts de salaire seraient réduits de 30 % à 85 %.

Parue dans le nouveau numéro d’Économie et Statistique, la revue de l'Insee, une étude a croisé les salaires de 17 000 employés avec le sexe de leurs patrons. Sous l’encadrement d’une femme, les écarts de revenus entre hommes et femmes sont moins importants. Faut-il en conclure qu’une supérieure serait plus encline à promouvoir l’égalité professionnelle ? La réalité, comme souvent, est plus complexe qu’il n’y paraît.

Les deux premières études à avoir posé la question du sexe du supérieur hiérarchique datent seulement de 2006 et de 2009. Intitulées Changements organisationnels et informatisations (COI) et Salaires vus par les salariés (Salsa), elles ont été reprises dans une enquête menée par Olivier Godechot, chercheur en sociologie, publiée aujourd’hui par l’Insee. Les résultats sont formels : sous l’encadrement d’une femme, les écarts de salaires entre les deux sexes seraient réduits de 30 à 85 %. Mais la bonne nouvelle s’arrête là puisque cela ne s’explique pas par une particulière bienveillance féminine à l’égard des salariés, mais bel et bien par la discrimination qui existe toujours envers les femmes dans le monde du travail.

Le plafond de verre qui les cantonne à des niveaux hiérarchiques plus faibles serait en effet la triste cause de ce phénomène. Selon cette étude, la négociation des salaires se fait par le biais de réseaux et de collaborations, et par « un appariement subordonné-supérieur de même sexe ». Par ailleurs, la ségrégation des femmes dans des secteurs où les salaires seraient plus faibles et plus homogènes, est également en cause. Et, lorsqu’une femme accède à un haut poste, le différentiel de salaire serait, cette fois, le fait d’une marge de manœuvre de négociation plus faible. « À ce niveau, la situation d’un supérieur homme et celle d’un supérieur femme ne sont pas franchement équivalentes ni comparables, écrit à cet égard Olivier Godechot. Dans le processus de compétition, les femmes peuvent obtenir moins pour leurs équipes. Soit que leurs demandes soient plus modestes, soit que leurs demandes soient moins satisfaites par la hiérarchie. »

Si l’auteur invite à rester prudent en précisant que, d’une étude à l’autre, les chiffres ne sont pas les mêmes et peuvent être soumis à des « variables inobservés », il lance un appel à la féminisation de la hiérarchie des entreprises. « Elle ne doit pas simplement être un phénomène quantitatif, voire un phénomène d’affichage, conclut-il, mais elle doit aller de pair avec l’attribution aux femmes d’un pouvoir réel similaire à celui des hommes. »

 



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