olivier godechot

Traders, ces salariés dictateurs !

Le géant américain de l'assurance AIG, qui avait reçu 170 milliards de dollars d'aides du gouvernement pour éviter la faillite, vient d'annoncer le versement de 450 millions de dollars de bonus à ses 400 traders. Mais d'où vient ce pouvoir d'imposer ses conditions à son employeur, malgré la vindicte populaire et les vagues médiatiques ?

Le géant de l'assurance AIG vient d'annoncer le versement de 450 millions de dollars de bonus à ses 400 traders.

Le géant de l'assurance AIG vient d'annoncer le versement de 450 millions de dollars de bonus à ses 400 traders.  Crédit Reuters
Atlantico : Comment les traders parviennent-ils à négocier de tels bonus malgré la situation encore critique des institutions financières il y a quelques mois ? Sont-ils en position de force ?

Olivier Godechot : L'idée qui domine chez les traders, c'est qu'ils doivent être rémunérés en fonction des résultats de leur unité - qui peuvent être bons -, et non de ceux de l'entreprise - qui peuvent être mauvais dans leur ensemble. Ils ne se sentent pas responsables des difficultés de l'entreprise.

Et dans la mesure où l'on continue à verser des bonus dans les autres grandes entreprises, il leur est possible de mener un chantage au départ pour obtenir ce qu'ils souhaitent. En effet, le marché du travail des traders est très particulier, car il est malthusien : il se raréfie de lui-même. Ceux qui sont devenus superflus sont complètement écartés de la circulation et sommés de se reconvertir. Le marché n'étant pas encombré par des chômeurs qui offriraient leur travail, les salaires ne baissent guère ! En outre, les juniors ne deviennent des concurrents qu'à partir du moment où ils ont accumulé une expérience et sont devenus seniors.

Quant à ceux qui "survivent" aux crises, si leurs salaires stagnent ou baissent un peu dans un premier temps, ils repartent ensuite de plus belle : en général, les salaires d'une année de crise sont en général équivalents, voire supérieurs, à ceux de l'avant-dernier boom !

Par ailleurs, un facteur expérience entre en jeu pour les "seniors" : le secteur financier est si complexe que les compétences accumulées par les traders, mais aussi les actifs et les clients qui leur sont personnellement associés, acquièrent une grande valeur, dont les entreprises préfèrent éviter qu'elles passent à la concurrence.

Dans le cas d'AIG, par exemple, ceux qui avaient mis en place les credit default swaps (CDS) - qui avaient mené à la quasi-faillite de l'entreprise - étaient aussi les seuls à pouvoir les défaire. On a donc continué à les employer, avec des salaires aussi élevés qu'avant, pour participer au sauvetage de la banque, car ils s'étaient rendus indispensables !

Ce marché du travail est donc complètement autonomisé par rapport aux autres : il n'est donc pas impacté par les licenciements qui y ont lieu périodiquement.


La concurrence personnelle entre les traders contribue-t-elle à cette surenchère permanente en termes de rémunération ?

Il y a effectivement une lutte de prestige, largement alimentée par la diffusion régulière par les consultants des rémunérations pour des postes identiques dans les entreprises concurrentes. Dans les entreprises financières, au moment de fixer les rémunérations, on considère généralement que le prix du marché se situe entre la médiane et le troisième quartile, c'est à dire au-dessus du milieu ! Et si toutes les entreprises font ça, elles ne peuvent qu'alimenter la spirale ascendante.

Mais les deux mécanismes principaux qui peuvent expliquer cette inflation salariale restent la financiarisation croissante de l'activité financière et la possibilité pour les traders de privatiser une partie de l'activité de la banque.


Les traders ont-ils conscience de la vindicte populaire qu'ils suscitent à cause de leurs rémunérations ?

Ils savent que c'est un sujet régulièrement abordé par les médias depuis trois ans, mais n'ont pas forcément conscience d'avoir une responsabilité personnelle et d'être pointés du doigt.



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