olivier godechot

28 avril 2011 | Atlantico : "Les grands gagnants de la crise ? Les cadres supérieurs de la finance"

Les grands gagnants de la crise ?
Les cadres supérieurs de la finance !

Selon une étude de l'Insee intitulée "Inégalités de niveau de vie et pauvreté de 1996 à 2008", publiée jeudi 28 avril, les inégalités de revenus continuent de se creuser par le haut. Auteur d'une analyse originale sur le sujet, le sociologue Olivier Godechot pointe du doigt les cadres supérieurs de la finance.

Nous assistons à un secteur financier qui bénéficie de rentes grâce à l'accroissement de son activité.

Nous assistons à un secteur financier qui bénéficie de rentes grâce à l'accroissement de son activité.  Crédit Reuters

Atlantico :

Vous avez publié récemment une étude consacrée à l'accroissement des inégalités. Quels en sont les principaux points ?

Olivier Godechot :

Une idée reçue persistait : les inégalités salariales avaient augmenté aux États-Unis et dans les pays anglo-saxons en général, mais nous pensions que ces inégalités étaient restées stables en Europe et au Japon. Les spécificités du capitalisme anglo-saxon étaient donc mises en cause. L'étude que j'ai menée montre qu'il s'agit en fait plutôt d'un simple retard de l'Europe et du Japon sur les Anglo-saxons.

En Europe, la montée des inégalités salariales est née dans les années 1990. Ce phénomène s'est déroulé en raison de la hausse des très hauts salaires, c'est-à-dire des salaires supérieurs à 200 000 euros par an et notamment de ceux des 0,01% de la population - 1600 salariés environ - qui gagnent plus de 800 000 euros par an. Ces très hauts salaires sont répartis ainsi : environ 38% d'entre eux travaillent dans la finance, un peu plus de 22% sont PDG, 10% des sportifs et le reste sont des cadres. Or, bien souvent la vindicte populaire se concentre autour des personnalités les plus visibles : les stars, les footballeurs ou les PDG. Les salaires des cadres supérieurs de la finance sont moins connus et jusqu'à la crise, on en parlait finalement assez peu.

Pourtant, sur la période 1996-2007, la moitié de la hausse des plus hauts salaires est allée dans leurs poches, selon les chiffres de la Sécurité sociale. Et les 100 plus gros salaires de la finance ont été multipliés par 8 en douze ans, alors que ceux des PDG ont été multipliés par 3,5. Tout se passe donc comme si cette hausse des salaires était corrélée au volume des transactions boursières, c'est-à-dire à l'évolution du volume d'activité de la bourse de Paris. Avec la crise, les salaires de la finance ont certes baissé, mais ils ont remonté dès 2009-2010 ; même si cette hausse est peu visible car une partie est passée en actions plutôt qu'en cash (il ne s'agit donc pas d'une hausse des salaires au sens technique du terme).

La question de la redistribution de cette hausse de salaires peut être posée. Mais qui d'autres que les salariés peuvent s'approprier cette valeur ? Les actionnaires ? C'est discutable. Reste que nous assistons à un secteur financier qui bénéficie de rentes grâce à l'accroissement de son activité. On peut imaginer une redistribution via une imposition plus élevée : une taxe sectorielle ou une taxe plus générale sur les plus hauts niveaux de salaires

S'il n'existe guère d'étude pour comparer cette situation avec d'autres pays européens. On sait qu'en Angleterre, 70% de la hausse des plus hautes rémunérations sont allés aux salariés de la finance. En France c'est la moitié. C'est essentiellement dû au fait que la place financière de Londres est plus importante que celle de Paris.

Le pouvoir politique méconnait cette situation et semble la considérer à travers le seul prisme du pouvoir économique traditionnel où l'on associe plus facilement les hautes rémunérations à des formes de responsabilités économiques. En sous estimant le phénomène que je décris dans mon étude, le pouvoir politique se montre frileux en matière de taxation des rémunérations.

Au contraire, le taux marginal d'imposition est passé sous la seconde présidence de Jaques Chirac de 54% à 40%. Et c'est sans compter le bouclier fiscal ! Nous assistons donc à un paradoxe : les dirigeants politiques critiquent les hautes rémunérations des patrons ou des stars du sport professionnel et plus récemment des professionnels de la finance, mais en même temps ils abaissent les impôts de ces salariés les mieux payés, en particulier des cadres supérieurs de la finance qui sont ceux qui bénéficient le plus des hausses de salaire.



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