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Godechot Olivier, Sapiro Gisèle, 2021, « Inclusive : une autre écriture est possible », Le Nouvel Obs, n°8 mars.

    TRIBUNE. Comment assurer une égale représentation cognitive des deux sexes pour chaque nom de groupe ? Les chercheurs Olivier Godechot et Gisèle Sapiro proposent d’utiliser le féminin générique italisé, plus fluide selon eux que le point médian.

    Temps de lecture 2 min
     

    L’écriture inclusive progresse. Les controverses sur son usage s’amplifient. Les tribunes pour ou contre se multiplient. En faveur de son utilisation, certaines soulignent que le masculin-neutre contribue à la sous-représentation cognitive des femmes dans les descriptions du monde. Il existe des présidentes et des présidents, des administratrices et des administrateurs, des policières et des policiers, des criminelles et des criminels. Or la composante féminine du groupe est rendue invisible par l’emploi des masculins-neutres présidents, administrateurs, policiers ou criminels.

    De l’autre côté, l’écriture inclusive soulève une tempête d’indignation. On hurle à l’assassinat de la langue française, dont il faudrait immortaliser un état. Entre deux cris d’orfraie, certaines opposantes critiquent plus posément le coût démesuré de ces nouvelles formes d’écriture, notamment celles qui emploient des signes de ponctuation (uniques ou redoublés) tels que le point médian, le tiret ou le point pour faire coexister masculin et féminin dans une nouvelle graphie épicène : président·es, administrateur·rice·s, policier-e-s ou criminel.les. C’est coûteux à écrire. C’est coûteux à lire. Qui plus est, le lien entre écrit et lecture orale se perd : jusqu’à présent nombre de ces nouvelles graphies épicènes (administrateur·rice·s) ne se prononcent pas facilement (sauf à prononcer « administrateurices ») et ne sont pas (encore) utilisées dans le langage oral. Enfin, ces nouvelles règles, maîtrisées par une petite élite, sont, dit-on, potentiellement excluantes.

    Un rappel visuel que la composante féminine n’est qu’une partie du groupe

    Y a-t-il des solutions moins coûteuses pour assurer une égale représentation cognitive des deux sexes pour chaque nom de groupe ? Celle du redoublement (Françaises, Français !) se fond beaucoup plus facilement dans nos habitudes de lecture et d’écriture mais rallonge considérablement la taille des textes et laisse entière la question du genre des pronoms et de l’accord grammatical.

    Une solution alternative que certaines lectrices avisées auront déjà remarquée : le féminin générique italisé ! L’écriture au féminin générique, déjà utilisée dans nombre de textes, a l’avantage de rompre avec des habitudes de représentation genrée en faveur des hommes. Elle est compatible avec les formes traditionnelles de grammaire, d’écriture et de lecture silencieuse ou orale. Plus originale, à notre connaissance, l’italisation des marqueurs féminins rappelle visuellement que la composante féminine n’est qu’une partie du groupe. On pourrait d’ailleurs la prolonger à l’oral par une accentuation (à inventer) des lettres en italiques. Marquer la composante féminine du mot par de l’italique plutôt que par des points médians permet aussi de gagner en fluidité de lecture et d’écriture, y compris dans les cas où le mot épicène doté d’un point médian se prononce et s’écrit comme un nom féminin. Qu’on en juge : présidentes ou président·es ?

    Les rédactrices verront vite tout l’avantage de cette écriture sur leur logiciel de traitement de texte préféré. Elles n’auront plus à retenir la combinaison sophistiquée (Alt+250, Alt+Maj+F) produisant le précieux sésame d’inclusivité. L’italique est à portée de clic. Elles ne seront plus interrompues par d’intempestifs ondulés rouges ou bleus pour faute orthographique ou grammaticale. Une informaticienne inspirée pourrait même programmer quelque algorithme pour italiser les féminins. Enfin, cette solution qui respecte scrupuleusement l’orthographe, la grammaire et la syntaxe traditionnelles ne pourrait vraiment susciter l’ire d’une grammairienne conservatrice – ni même d’un grammairien conservateur.

    Olivier Godechot, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po.

    Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS et directrice d’études EHESS.

    L’intertitre est de la rédaction.

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