olivier godechot

Jeudi 19 mars 2009 | L'Agefi

La petite étude pour eFinancialCareers.fr continue à faire parler d'elle.
Les financiers « nomades » de la crise
Par Sarah Delattre le 19/03/2009
Le contexte tend à freiner la mobilité traditionnelle du secteur, mais certains cadres en profitent pour rebondir sur d'autres segments.

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Malgré la crise et son chapelet de tristes nouvelles, certains cadres de la finance n'ont pas froid aux yeux et tentent d'autres aventures au sein de leur secteur. Profitant d'un marché secondaire florissant, Pierre-Antoine de Selancy, directeur d'investissement chez AGF Private Equity, a ainsi démissionné de son poste pour fonder, début 2008, sa propre société de gestion de fonds de private equity 17Capital, basée à Londres. « J'avais envie de voler de mes propres ailes », confie cet entrepreneur de 37 ans.




Prendre son envol oui, mais pas sans filet : l'épargne salariale qu'il a débloquée lui a permis de se maintenir à flot les neuf premiers mois et il a convaincu son ancien employeur d'investir dans le fonds. L'aventure implique un sacrifice financier pour lui-même, son associé et les deux salariés de sa structure. « L'an dernier par exemple, je me suis très peu payé », raconte-t-il. Une prise de risques certes mesurée, mais qui semble presque insensée en cette période de récession.



Aujourd'hui, les financiers qui conservent leur emploi ont tendance à rester « au chaud » plutôt que d'aller voir ailleurs si la finance est plus verte. D'autant que les charrettes qui se multiplient à New York, Londres et même Paris s'ajoutent au gel des recrutements décidé par les grandes banques, et limitent drastiquement les possibilités de mobilité. « Nos clients sont attentistes, analyse Isaure de Mascureau, consultante chez FMT Consulting, cabinet de chasse de têtes spécialisé dans les métiers de la Bourse, des marchés financiers et de l'informatique financière. Si, en 2007, les candidats étaient rois, la situation s'est retournée. Par exemple, les profils expérimentés qui se retrouvent sur le marché vont avoir du mal à retrouver un équivalent puisque les entreprises peuvent avoir les mêmes profils qu'auparavant pour moins cher. Et lorsque nous chassons des candidats, ils sont plus réticents à bouger. »




Mouvements accrus dans la BFI



En temps normal pourtant, les salariés de la finance ont l'âme nomade. Une étude du site de recrutement dédié au secteur financier eFinancialCareers, menée auprès de 995 internautes en septembre dernier, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, affirme que « le secteur financier est connu pour la mobilité de ses salariés ».


Réalisée en collaboration avec Olivier Godechot, chercheur au CNRS, auteur de Les traders, essai de sociologie des marchés financiers (Editions La découverte, 2001), l'enquête révèle que « bien qu'évoluant dans un marché plutôt cloisonné, plus de 70 % des salariés interrogés avaient changé d'emploi au moins une fois ».



En tête des métiers les plus mobiles, ceux qui sont liés à l'activité bancaire la plus durement touchée par la crise : la banque de financement et d'investissement (BFI). « Le taux annuel de mobilité atteint 31 % dans les métiers de marché 'front', précise ainsi l'étude. Au contraire, il est de 21 % dans les métiers de support des activités financières traditionnelles. » L'enquête rappelle aussi « les retards d'ajustement du marché du travail aux soubresauts financiers », faisant un parallèle avec la crise de 2001-2002 où « 50 % des salariés qui avaient changé d'emploi entre janvier 2002 et juin 2003 avaient connu un licenciement ».



« Depuis six mois, nous rencontrons plus de cadres inquiets lors de nos diagnostics de carrières, observe Manuelle Malot, directrice carrières et prospectives à l'Edhec. Une part croissante se demande si elle doit profiter des plans de départs volontaires. Un cadre spécialisé dans la finance immobilière chez Calyon voulait par exemple savoir s'il devait se positionner dans ce schéma. »



Désormais, les cadres bougent le plus souvent par nécessité, soit parce qu'ils sont licenciés, soit parce qu'ils sentent leur emploi menacé à court terme. C'est le cas d'Olivier à Londres. Ancien trader chez Morgan Stanley licencié du jour au lendemain, il s'estime chanceux d'avoir retrouvé un poste d'analyste en mai dernier au sein d'un hedge fund, un secteur qui l'attire depuis longtemps. « Après trois ans dans une banque d'affaires, je voulais changer d'activité, mais mes journées de travail ne me laissaient guère le temps de chercher », témoigne t-il.




La crise va lui en donner l'occasion. En activant son réseau de proches, il rebondit en trois mois et tire son épingle du jeu avec, en prime, un salaire fixe supérieur à celui d'avant. « Mais je n'étais pas en position de négocier quoi que ce soit », déclare ce professionnel.



Inévitablement, le marché est devenu plus sélectif. « Le marché est devenu plus souple pour le recruteur, observe Olivier Johanet, président de la Française des Placements Investissements. Nous recevons davantage de candidatures spontanées, notamment de financiers qui reviennent de Londres ou de New York. Nous avons aussi davantage le choix parmi des profils de haut vol. »



Le souci, c'est que les négociations risquent d'achopper sur les rémunérations démesurées accordées ces dernières années. « Certains sont dans une prison dorée, admet Olivier Johanet. Ils ont du mal à imaginer leur rémunération diminuer de moitié, ou alors ils sont prêts à faire un effort sur le fixe mais ils bloquent sur le variable. » Manuelle Malot, de l'Edhec, fait sensiblement le même constat : « Les candidats peinent à convaincre les recruteurs qu'ils sont prêts à s'asseoir sur leur bonus sans que cela nuise à leur motivation. »



Autre frein persistant à la mobilité, les parois de verre entre les différents métiers. D'après l'étude de eFinancialCareers, « rester dans la même activité est un schéma classique en finance. 48 % changent de société mais restent dans la même activité ». Olivier Johanet reconnaît ainsi opposer une fin de non-recevoir aux quelques traders qui envisagent une reconversion dans la gestion d'actifs car ce sont des métiers trop différents. Résultat, les redéploiements de cadres issus de la BFI sinistrée vers la banque de détail - relativement épargnée - sont peu envisageables.




Rôle des cabinets de recrutement Pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut activer un maximum de canaux : les réseaux d'anciens, les contacts personnels, les sites internet, les petites annonces, ainsi que les incontournables cabinets de recrutement. « Ils sont impliqués dans 39 % des mobilités en finance », indique en effet eFinancialCareers.




Chez Vendôme Associés, Denis Marcadet, président du cabinet de recrutement de cadres dirigeants, note que « le nombre de mandats a diminué, mais l'accompagnement des cadres s'est amplifié depuis neuf mois. Ils ont besoin d'être rassurés, car ils sont soit licenciés, soit en manque de perspectives. Nous les aidons à mieux connaître les forces et faiblesses de leur métier et nous leur donnons un éclairage par rapport au marché. Pour les trentenaires, c'est aussi l'occasion de faire le point sur leur vie professionnelle ».



Selon eFinancialCareers, les cabinets de recrutement jouent un rôle particulièrement actif dans les métiers d'informatique de marché, où 60 % des mobilités transitent par eux. Kader a changé d'emploi par l'entremise d'un chasseur de têtes.



Il est depuis peu chargé d'affaires dans une société de conseil et d'ingénierie pour les banques notamment. Cherchant à fuir une ambiance de travail délétère, il a négocié une rupture conventionnelle et a quitté son ancien employeur avec neuf mois d'indemnités de licenciement. « Je ne voulais pas prendre le risque de démissionner sans avoir trouvé un nouveau poste, témoigne-t-il. J'ai mis trois bons mois avant d'aboutir. Mais j'acquiers de nouvelles responsabilités, j'ai l'impression de gagner en expertise et j'ai négocié un salaire de 25 % supérieur au précédent. »



Pour limiter les risques, des salariés tentent aussi de réduire leur période d' essai. Dans tous les cas, Olivier Johanet donne un conseil qui fait appel au bon sens : « Ne quittez pas votre emploi maintenant sans être certain d'avoir autre chose derrière. » Encore faut-il en avoir le choix...

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