olivier godechot

Dimanche 25 janvier 2009 | E24

VADJOUX Thibaud, 2009, « PDG, traders et footballeurs: le grand bal des bonus », E24, dimanche 25 janvier.

J'ai fourni quelques chiffres et pas mal de renseignements sur les rémunérations dans la finance.
PDG, traders et footballeurs: le grand bal des bonus

dimanche 25 janvier 2009 | Publié 17:40


Haro sur les banquiers et leur bonus. L'Elysée, le Ministère des Finances ou encore le président de la BCE ont tous cette semaine pointé du doigt les bonus des banquiers. Nicolas Sarkozy a reçu les dirigeants des six grandes banques françaises, mercredi 21 janvier à l'Elysée, et leur a demandé de renoncer à leur bonus annuel en contrepartie de la deuxième tranche de 10,5 milliards d'euros accordées par l'Etat à leurs établissements.

Mais à combien devaient se monter ces bonus? Michel Pébereau, le président de BNP Paribas et Baudouin Prot, le directeur général avaient, par exemple, respectivement touché 875.000 et 2,27 millions d'euros de bonus en 2007 au titre de l'année 2006. Pour George Pauget, le directeur général du Crédit Agricole, sa part variable du salaire a atteint son maximum soit 957.100 euros. Plafonné par le Comité de rémunération de la banque, ce bonus, soumis à des conditions de performances, représente dans ce cas 120% du salaire fixe (920.000 euros).

Les patrons des six grandes banques françaises devront cette année faire une croix sur leur bonus. Mais une partie de leur salaire n'est pas affectée par cette décision. Pour le directeur général du Crédit Agricole, il est prévu 49.000 euros au titres des jetons de présence, car George Pauget, comme de nombreux patrons, cumule plusieurs mandats: il est à la fois manager et administrateur. Le directeur de la banque a aussi pu bénéficier d'autres privilèges. L'année dernière, les avantages en nature (logement, véhicule) et sa retraite chapeau s'élèvent à 578.954 euros.

Malgré ces niveaux élevés de rémunération, les banquiers ne sont pas forcément les mieux lotis. Dans les banques universelles (banque de détail, banque d'investissement et gestion d'actifs), les patrons des salles de marché - ceux qui gèrent les investissements boursiers de la banque - font partie des 10 salariés les mieux payés au sein de la banque et leur salaire dépasse même souvent celui des dirigeants de la banque. Mais contrairement aux banquiers et patrons dont on connait précisément les rémunérations via les rapports annuels, les salaires de ces chefs et des traders restent difficile à apprécier.

Olivier Godechot, chercheur au CNRS, a mené une enquête approfondie dans les années 2000 dans ce domaine. Il rapporte, qu'à cette époque (les chiffres ont peu varié depuis), les plus gros salaires des responsables des équipes de traders ont pu atteindre 3 à 5 millions d'euros. La plupart des traders et vendeurs en salle de marché rêve de rentrer dans la catégorie "des revenus à 6 chiffres" (les "six figures") ou encore du "million dol" dans le jargon. Mais cela reste le fait de quelques personnes. Les écarts de salaires sont très importants dans les salles de marché, du fait justement des bonus.

Le salaire des 5% des vendeurs les mieux rémunérés des salles de marché, atteignaient, en 1998, 116.000 euros en salaire fixe et 1,32 millions d'euros sous forme de bonus. En revanche, le salaire médian des traders s'élève à 70.000 euros de salaire fixe et 60.000 sous forme de bonus. La part variable des revenus des traders et vendeurs est un élément clé de leur activité. Un junior dans les années 2000 pouvait rapidement gagner 6 mois de salaire fixe sous forme de bonus. Cette part passe, au bout de quelques années de service, de 1 à 2 ans du salaire fixe. Et il peut atteindre 10 ans de salaire fixe pour un senior expérimenté. Une formidable incitation à prendre des risques.

Dans le classement des gros revenus, les salaires des golden boys ne dépassent pas celui des patrons des grandes entreprises du CAC40. Le dernier rapport de Proxinvest, société de conseil indépendant, rapporte qu'en moyenne, un patron du CAC40 touche 4,7 millions d'euros.

La part variable des salaires ou bonus de ces managers est souvent très importante. Pour Arnaud Lagardère, patron du groupe Lagardère, elle est de 12,72 millions d'euros pour un salaire total de 13,64 millions d'euros en 2007. D'autres éléments variables sont souvent déterminants. Ce sont les actions gratuites et stock-options qui peuvent dopés le salaire des managers lorsqu'ils sont exercés ou vendus.

Le patron le mieux payé du CAC 40 en 2007, Jean-Paul Agon, PDG de l'Oréal, a ainsi gagné 10,16 millions d'euros grâce à ses stock-options pour un salaire total de 14,2 millions d'euros. Au nombre de ces millionnaires, on compte aussi des stars françaises. Avec 4 millions d'euros, Francis Cabrel, le chanteur français le mieux payé en 2008, frôle le niveau de salaire moyen d'un patron du CAC40. La liste des dix chanteurs les mieux payés de l'année compte 9 "millionnaires" en chiffre d'affaires.

Certains footballeurs et sportifs français font aussi partie du club des millionnaires (Thierry Henry avec 17,4 millions d'euros, Tony Parker avec 9,6 millions ou encore Djibril Cissé avec 7 millions d'euros). Mais leur revenu est souvent réalisé à l'étranger et pour la plupart des sportifs, les salaires sont faibles.

L'union nationale des footballeurs français qui défend leurs intérêts, rappelle que 60% des joueurs professionnels en France (Ligue 1 et 2) gagnent moins de 15.000 euros et que leur carrière dure en moyenne sept ans. Les écarts de salaires sont évidement énormes entre les joueurs de foot. Il peut aller de 1.200 euros pour un joueur de Ligue 2 à 450.000 euros pour les meilleurs joueurs de Ligue 1. Dans cette dernière catégorie, le salaire moyen s'établit à 47.000 euros en 2008 contre 145.000 euros dans le championnat anglais.

En plus de ce salaire de base, les footballeurs ont aussi droit à leur bonus. Leur contrat prévoit de multiples primes: prime à la victoire, au match nul, prime au classement, à la qualification en championnat...Ces primes qui dépendent du règlement de chaque club sont attribuées collectivement. Les joueurs n'ont pas de bonus en fonction de leur action individuelle. L'entraîneur en bénéfice aussi. Son bonus est souvent doublé par rapport à celui du joueur.

Lors de l'Euro 2008, les joueurs espagnols ont gagné 500.000 euros de prime pour leur victoire face à l'Allemagne. Ce bonus était initialement prévu à 214.000 euros. Les joueurs allemands, s'ils remportaient le match, pouvaient espérer, eux, une prime de 250.000 euros. En échouant, les joueurs de la Mannschaft ont reçu pour 150.000 euros chacun. La prime du sélectionneur allemand a culminé à 500.000 euros. On peut imaginer que ce qui vaut pour l'Espagne et l'Allemagne aurait valu pour la France.

Thibaud Vadjoux

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