olivier godechot

Vendredi 9 mai 2008 | Rue 89

KASBAOUI Sandrine, 2008, « Recrutement à l'université: les candidats locaux favorisés? », Rue 89, 09 mai.

Recrutement à l'université: les candidats locaux favorisés?

Par Sabrine Kasbaoui | Etudiante en journalisme | 09/05/2008 | 11H48

Une étude sociologique s'essaye enfin à évaluer l'ampleur du "localisme" dans les universités françaises. Selon celle-ci, un doctorant a en moyenne dix-huit fois plus de chances d'obtenir un poste d'enseignant-chercheur dans la fac où il a poursuivi son cursus qu'un candidat de l'extérieur. Cet essai montre également que cette pratique de recrutement est générale à toutes les disciplines et à toutes les facs.

Il y a près d'un an la loi LRU "relative aux libertés et aux responsabilités dans les universités" a rouvert le débat concernant le recrutement académique. Olivier Godechot, sociologue, coauteur de cette étude avec Alexandra Louvet, avait tenu tribune lors de ces débats.

A travers cette évaluation, l'objectif est de signaler l'ampleur du clientélisme passé et d'éviter que ces nouvelles instances ne tombent dans les travers passés. (Voir la vidéo)



Pour autant, cette étude demeure approximative. Ses auteurs le reconnaissent eux-mêmes. Olivier Godechot explique:

"La base de données reste éloignée des pratiques de recrutement. Nos résultats ne sont donc pas fiables à 100%, il s'agit seulement d'un ordre de grandeur."

Et ce, pour la bonne raison que ce phénomène demeure complexe à mesurer tant les facteurs sont variables: impossible de distinguer la préférence des universités pour leur propres candidats et celle des candidats pour les établissements où ils ont poursuivi leurs études.

Quelles conséquences sur la qualité de la recherche française?

De même, les raisons de ces choix ont plusieurs origines: par sympathie pour ses docteurs, d'abord, afin d'éviter qu'ils ne se retrouvent au chômage. Par aversion encore. Afin d'éviter une erreur de recrutement. Il est toujours moins risqué d'embaucher un candidat que l'on connaît déjà plutôt qu'un autre provenant de l'extérieur.

Enfin, la rentabilisation d'un équipement peut aussi faire partie de ces facteurs. On préférera un postulant qui a été formé, lors de son cursus, sur le nouveau microscope hi-tech que l'on vient d'acheter à autre "venu d'ailleurs". Le sociologue le regrette:

"Pour le moment, on mesure un 'localisme' qui est la combinaison de tout ça et on a du mal à faire la part de ces différents facteurs."

Reste que les conséquences de ces pratiques ont un impact forcé sur la qualité de la recherche française. Pour Olivier Godechot:

"Plus le 'localisme' est important plus il est probable que parmi les personnes recrutées, certaines ne soient pas les meilleurs candidats possibles."

Si les années 1980 ont vu une progression de ce phénomène "localiste", depuis dix ans, on observe une stabilisation voire une inflexion de ces pratiques. Le système de recrutement a changé. Il comporte deux phases. Une phase nationale de qualification et une phase locale correspondant au choix définitif. Le début des années 1990 a vu cette phase locale passer en deuxième position et ainsi modifier la donne du recrutement.

Enfin, les critiques de cette forme de clientélisme ont augmenté ces dernières années. Certains sites Internet recensent même désormais les recrutements en cours. Pour les mathématiques par exemple, chaque candidat et chaque fac se doivent de rentrer dans le système l'état d'avancement du processus de recrutement.

Des initiatives, individuelles ou collectives, permettront peut-être de préciser encore l'état de délitement ou non des pratiques de sélection dans les universités françaises.

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