olivier godechot
1) La direction peut-elle ne pas distribuer de bonus à ses traders et prendre le risque de voir partir ses meilleurs éléments?
La distribution des bonus dans les départements des banques comme la Société Générale repose sur un système de formules qui génère des enveloppes de bonus au niveau des grandes entités intitulés "les lignes de métier". Le département dérivés actions est une entité qui a sa formule. Pour cela on applique à un indicateur de profit (duquel on a déduit toutes sortes de coûts et provisions) un taux qui peut être assez élevé (de l'ordre de 35% pour les dérivés actions au début des années 2000). Tout n'est bien sûr pas distribué aux traders et aux vendeurs. Une partie alimente les enveloppes des supports, une autre est redistribuée dans d'autres départements, une partie (10-15%) est provisionnée pour alimenter les budgets de bonus des années suivantes en cas de coup dur. Si la Société Générale respectait ce type de système, il devrait y avoir très peu de bonus. Il devrait rester uniquement la partie de l'enveloppe de 2006 qui a été provisionnée. Va-t-elle déroger ?

Face à cette situation exceptionnelle, il n'y a pas de bonne solution. Payer des bonus ou ne pas payer de bonus paraîtra dans les deux cas injuste, problématique, coûteux. En effet, un grand nombre d'opérateurs du front office avaient de très bons résultats en 2007 et peuvent s'estimer injustement spoliés par ce trou inopiné dont ils ne se sentent pas responsables. Si la banque ne les paie comme ils estiment devoir l'être, ils peuvent se sentir déliés de toute obligation de loyauté et partir dans d'autres banques, qui ne manqueraient pas de leur proposer au moins autant en bonus garanti. D'un autre côté, si la banque paie les bonus (à la hauteur de ce qu'ils auraient dû être avant la perte), elle devra d'une part trouver l'argent (est-ce la finalité de la recapitalisation ?), d'autre part gérer la tension et la frustration des autres départements, notamment le département de taux qui a toujours été moins profitable, et à qui on a toujours dit que les bonus plus élévés du département actions étaient liés aux revenus très élevés de ce dernier. Va-t-on par exemple considérer que le département de taux n'aura pas ou peu de bonus parce qu'ils ont 2 milliards de pertes sur les subprimes dont ils sont ipso facto responsables et que de l'autre le département actions aura des bonus parce que la perte de 5 milliards est exceptionnelle et n'est pas de leur fait ? Bref, la Générale, se retrouve sur cette question dans une situation cornélienne.
Deux considérations peuvent toutefois atténuer la tension et permettre peut-être une solution intermédiaire (ni tout payer, ni rien payer). D'une part le marché du travail financier ne semble pas très favorable en 2008. Les banques sont fragilisées, les marchés sont instables, les licenciements se préparent dans toutes les banques. Ce n'est pas la meilleure période pour changer de banque. D'autre part, les banques françaises ont développé massivement depuis quelques années les clauses de non concurrence, qui restent certes fragiles juridiquement surtout en cas de départ pour un établissement dans un autre pays, mais qui peuvent quand même décourager un peu la mobilité.

2) Pensez-vous que la crise peut changer le rapport de force entre front et back?
La première chose qui sera faite, c'est de revoir les systèmes de sécurité et notamment les mots de passe, puis les dispositifs de rapprochement comptable et de contrôle des risques. Des investissements sur lesquels on pouvait mégoter vont être faits. Ceci contribuera à réévaluer symboliquement les supports pendant quelque temps. On se rappellera que les "centres de coûts" ont pour fonction aussi "save money" sauver de l'argent. En même temps, si, comme on le réclame, on érige une muraille de Chine entre les deux métiers et que l'on interdit la mobilité du back vers le front, on refermera la porte étroite et on augmentera encore les frustrations. Enfin, sauf à revoir complètement l'organisation du travail, le marché du travail restera asymétrique pour ces deux métiers. Les salariés du front ont la faculté d'emporter l'activité financière dans d'autres banques. Les salariés du back office et du contrôle des risques n'emportent pas les systèmes de back office et de contrôle des risques, mais essentiellement leurs compétences individuelles.


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