olivier godechot

« L'organisation du trading conduit à minimiser les risques »
[ 28/01/08 ] - Voir les commentaires publiés (1)
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Pour le sociologue Olivier Godechot, qui a enquêté dans des salles de marché, le système de rémunération et d'organisation des carrières peut conduire à des dysfonctionnements.

« Les fraudes sont des exceptions récurrentes dans le trading. » Pour Olivier Godechot, chercheur au CNRS (1), le fonctionnement même du trading est générateur de risques de fraudes ou d'erreurs.

L'affaire de la Société Générale a certes provoqué la surprise chez les professionnels du secteur, mais des cas de dysfonctionnements ont déjà été répertoriés. Cet été, les manoeuvres d'un jeune trader de vingt-six ans auraient coûté 250 millions d'euros à Calyon. Il y a un peu plus d'une dizaine d'années, l'escroquerie de Nick Leeson, provoquant la ruine de la Barings, défraya la chronique. « Les opérations de courtage malhonnêtes arrivent probablement chaque jour, a indiqué le célèbre trader britannique la semaine dernière à la BBC. Les banques n'aiment pas le révéler, parce que cela poserait un problème de confiance de la clientèle. » Pour mieux comprendre ces cas d'école, le sociologue Olivier Godechot a enquêté dans les salles de marché.

Le premier facteur de risque est lié à l'attrait qu'exerce le métier de courtier et, en particulier, de négociateur pour compte propre. Le mythe de « faire » du profit à partir de quasiment rien en « jouant » avec l'argent de la banque suscite toutes les convoitises. Bien que bon nombre de traders soient des gens très discrets, l'image du « golden boy » est encore associée à la profession.

La plupart des professionnels occupant ces postes sortent de prestigieuses écoles d'ingénieurs. Leurs salaires annuels, avec les bonus, peuvent atteindre plusieurs millions d'euros. « Ce sont en général des fonctions très bien payées qui font rêver les jeunes », confirme Gael de Roquefeuil, consultant chez Korn Ferry.

Il n'est donc pas rare que des collaborateurs des fonctions support veuillent eux-mêmes devenir traders, ce qui a été vraisemblablement le cas de Jérôme Kerviel, le trader incriminé dans l'affaire Société Générale. « Dans certains cas, les personnes qui contrôlent les risques évaluent les gens qui sont susceptibles de les embaucher plus tard, ce qui entraîne une certaine forme d'indulgence », souligne Olivier Godechot.
Murailles de Chine

Le choc provoqué par la banque française pourrait donner lieu à des changements dans l'organisation des établissements de courtage. « Comme après la bulle Internet, où il y a eu un renforcement des murailles de Chine entre le conseil en investissement et la banque de financement, la muraille devrait être accentuée entre les fonctions de contrôle des risques, de support (middle-office) et les activités de trading », estime Laurent Roussel, directeur adjoint de la recherche d'Exane Derivatives.

La deuxième source d'un possible dysfonctionnement provient des modes de rémunération. Le contrôle des risques engendre des coûts. Or, « dans un système où la rémunération du trading est liée à la profitabilité, l'intérêt des traders et vendeurs est de faire en sorte que le risque ne soit pas surestimé », reprend Olivier Godechot. « Lors de mon enquête, j'ai également pu constater que des bonus des fonctions support étaient liés à ceux du front-office (regroupant les vendeurs, traders...). »

Dans certains cas, la hiérarchie peut, elle aussi, avoir un intérêt à fermer les yeux. « Les supérieurs de Nick Leeson avaient aussi sans doute envie de croire à la fable de profits mirobolants, leur prestige et leur rémunération en dépendant, dit le chercheur. Bref, toute l'organisation du trading conduit à minimiser les risques. »

Enfin, l'asymétrie des évaluations du risque facilite les erreurs. « Dans la plupart des cas, les risques peu connus, comme les risques humains (erreurs, défection, corruption), sont sous-évalués », note Olivier Godechot, avant de conclure : « Plus globalement, bon nombre de risques ont tendance à être sous-estimés, en particulier ceux liés à des situations ou des produits nouveaux. La crise du «subprime» l'a bien illustré. »
MARINA ALCARAZ

(1) « Les Traders : essai de sociologie des marchés financiers », La Découverte, 2001. « Working Rich : salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière », La Découverte, 2007.



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