olivier godechot

Mardi 29 Janvier 2008 | Libération

« Judo et politique à Pont-l'Abbé », Libération, mardi 29 Janvier 2008.

    Lundi 29 janvier : une quinzaine de coups de fil de journaliste. Dans la plupart des cas, j'ai refusé. Un journaliste de libération m'appelle. La question est de savoir si les propos de Jérôme K, tels qu'on me les retransmets - « Tous les traders font ça à la Générale » - sont avérés (ce matin je lis une autre version plus nuancée : « d'autres traders font ça »). Évidemment, sur ce point, je dis que je n'en sais rien. Pour éclairer quand même le journaliste, je brosse un tableau des illégalités nombreuses et variées qui jalonnent l'histoire de la finance : le bakchich et les brown envelops, le front-running, les délits d'initiés, les cadeaux, les petites manipulations des P&L et des sales credit. J'évoque le continuum entre le légal (l'anticipation du marché), le toléré (squeezer, décaler sa fourchette en fonction des clients), le réprouvé (le trucage total des comptes).
    - Mais est-ce qu'il est fou ? Est-ce que c'est un trader FOU ?
    - Vous savez l'expression trader fou est un écran de fumée. C'est une mauvaise traduction de « rogue trader ».
    Voilà tout ce qui reste de l'interview : « L'expression trader fou est un écran de fumée », citation dont je signale le peu d'intérêt. Il suffit à chaque journaliste d'ouvrir son dictionnaire pour s'en rendre compte et il n'est pas besoin d'un « expert » pour cautionner ça. En plus, je me rends compte que j'ai repris une expression toute faite (« écran de fumée ») qui circule depuis le début de cette affaire. Arghh... je suis contaminé par la petite ritournelle de l'opinion. Bon, j'arrête les interviews...

    Signalons aussi, pour ne pas rester sur cette remarque que l'on trouvera facilement négative (l'autre manière de voir les choses étant de considérer que pour un professionnel de l'information cette expression était la seule à apporter de la valeur ajoutée dans une interview qui n'en avait aucune), un témoignage tout à fait remarquable et très bien fait d'un trader dans le même journal. Les insiders sont de très bons informateurs. C'est ce que pensent généralement les sociologues, qui préfèrent poser des questions plutôt que donner des réponses (d'où des rapports toujours ambivalents avec les journalistes qui partagent souvent la même posture).
Eco-Terre
Judo et politique à Pont-l'Abbé
La ville natale de Jérôme Kerviel se souvient d'un jeune homme poli et réservé.
Pierre-Henri ALLAIN (à Rennes) et Laureen Ortiz
QUOTIDIEN : mardi 29 janvier 2008
0 réaction

Un trader fou? «ça ne veut rien dire!», affirme un ex-trader de la Société générale. «C'est un écran de fumée», renchérit Olivier Godechot, chercheur au CNRS, spécialiste de ces «travailleurs riches». Loin de cette image de psychopathe, Jérôme Kerviel, qui a reconnu hier avoir effectué des opérations fictives à la Société générale, était plutôt un trader ordinaire, attiré par l'argent. «Le monde des traders, c'est comme le sport de haut niveau: il y a quelques champions aux revenus faramineux, et les autres joueurs, avec des salaires élevés mais moindres», explique un syndicaliste de la banque. Kerviel, habitant de la chic banlieue de Neuilly-sur-Seine et touchant moins de 100 000 euros par an, selon le groupe, était dans la seconde catégorie. Mais il aspirait à devenir un «trader d'exception». Quitte à tricher.

Chapeau. Pourtant, dans son fief natal à Pont l'Abbé (Finistère), où la famille Kerviel est unanimement décrite comme «honorable, honnête et très respectée», on est partagé entre stupeur et incrédulité. Pour sa tante, Jérôme est» un garçon comme il faut, intelligent, sérieux, à qui on fait porter un chapeau trop large pour lui». Une cousine se souvient d'un jeune homme «poli et bien élevé». Depuis jeudi, la maison où il a grandi, rue du Menhir, a les volets clos. Alors que le nom de son fils envahissait les médias, Marie-Josée Kerviel, retraitée qui tenait un salon de coiffure dans cette ville de 8000 habitants, est partie le rejoindre en région parisienne pour le réconforter. «Il n'allait pas bien», confie la soeur de Marie-Josée.

Le trader de 31 ans, aux faux airs de Tom Cruise, semble n'avoir laissé que de bons souvenirs dans sa ville, où il revenait de temps à autre. «C'était un adolescent gentil et serviable, se souvient son professeur de judo Philippe Orhant, qui lui a enseigné ce sport durant cinq ans. Il avait bon fond, toujours partant pour participer à des animations, donner un coup de main ou encadrer les enfants. Sans doute était il un peu réservé mais renfermé, sûrement pas. Il était zen et droit. C'est un des rares adolescents qui soit resté aussi longtemps au club.» Féru de sport, Jérôme pratique aussi le football et la voile, comme son frère aîné. Il flirte aussi avec la politique locale puisqu'en 2001, le maire sortant de Pont-l'Abbé, l'actuel UMP Thierry Mavic, lui propose de figurer sur sa liste pour les municipales. Il connaît bien le jeune homme mais surtout son père, artisan forgeron-chaudronnier, formateur dans un centre d'apprentissage de Quimper, mort à la suite de problèmes cardiaques il y a deux ans. «Jérôme s'intéressait à la vie politique. C'était un jeune homme posé, tranquille, réfléchi», a confié le maire au Télégramme de Brest.

Master. Kerviel n'est donc pas tombé dans la finance tout petit. C'est au lycée Laënnec de Pont-l'Abbé qu'il se passionne, en terminale, pour l'économie et décroche un bac économique et social. Il poursuit ensuite des études en économie à Quimper puis à Nantes, avant de décrocher, en 2000 à l'université Lyon-II, un Master d'opérations de marché. Une formation visant à former des «contrôleurs de back et de middle office, pas des traders de front office», précise Valérie Buthion, responsable du département ingénierie économique et financière de l'université. Elle le décrit comme un «bon étudiant, ni brillant ni moyen». Il réussit néanmoins à passer le cap: recruté en back office à la Soc Gen en 2000, il passait trader cinq ans plus tard.


LES COMMENTAIRES | COMMENTS

Ajouter un commentaire
Add a comment

Votre (Sur-)nom |Your (Nick-)name


Votre courriel |Your mail
(Il ne sera pas affiché |It will not be displayed))


Votre Commentaire | Your comment


Pour montrer que vous n'êtes pas un robot spammeur, merci de recopier l'image suivante en sens inverse
To show that you are not a spamming robot, please copy the content of the following image in reverse orded
:

<< Retour au Commentaires

Français | English

News   

OgO: plus ici|more here

[Encadrement] Chamboredon, Audrey. 2020. Rôle et stratégies des parents des classes moyennes au moment du choix des études supérieures. Le ...: plus ici|more here

[Encadrement] Besançon, Faustine. 2019. Travailler le couple. La répartition du travail domestique chez les couples LGBTQ+, Mémoire de Master 2 ...: plus ici|more here

[Publications] Godechot, Olivier et al., , The Great Separation: Top Earner Segregation at Work in High-Income Countries: plus ici|more here

Tweets (rarely/rarement): @OlivierGodechot

[Webmestre]

[Fil rss]

[V. 0.93]

HOP

A CMS


000

clics / mois.