olivier godechot

22 mai 2007 : Le Monde, « L'art du hold-up »

L'art du hold-up
Comment les stars des marchés siphonnent les gains qu'ils contribuent à générer

Pourquoi certains salariés des salles des marchés peuvent-ils toucher des " bonus " allant jusqu'à 5, 10, voire 20 millions d'euros ? Chercheur au CNRS, sociologue, Olivier Godechot s'est spécialisé sur cet objet de fantasmes mystérieux : les très riches professionnels des marchés, à Paris, Londres ou New York. Il a déjà publié Les Traders (La Découverte, 2001). Son nouveau livre permet de sortir des explications habituelles selon lesquelles les rémunérations mirifiques correspondent à un cursus de formation hors pair, récompensent un engagement professionnel exceptionnel ainsi qu'un talent rare, et ne sont finalement qu'une modeste fraction des milliards d'euros que ces prodiges ont fait gagner à leurs établissements.

Trois ans d'enquête, des dizaines d'entretiens, des stages qu'il a réalisés lui-même dans le service des ressources humaines et dans la salle des marchés d'établissements bancaires ainsi que l'accès à des fichiers de rémunération et à des bilans sociaux ont permis à M. Godechot d'analyser en profondeur le fonctionnement du système de rémunération. Il le restitue en donnant aux banques des noms d'emprunt (Neptune, Saturne...) et en ne dévoilant pas l'identité de ses interlocuteurs.

S'il doit passer par de tels expédients, c'est que la transparence salariale n'est pas le maître mot dans les salles des marchés, où les écarts de rémunérations se sont fortement accrus ces dernières années. La moyenne des dix plus fortes rémunérations offertes à des salariés à la Société générale est ainsi passée de 243 000 euros en 1978 (à leur valeur d'aujourd'hui) à 6 090 000 euros en 2001. Mais beaucoup de banques ont délocalisé ces salaires dans des structures offshore ou à Londres, rendant les bonus encore plus discrets.

Pour Olivier Godechot, les traders ont, en fait, réussi à s'approprier une large partie de la rente dégagée par les activités de marché, une fois les fonds propres des actionnaires rémunérés à hauteur de 15 % comme ils l'exigent. En comptant les charges sociales, la moitié de cette rente revient en effet aux salariés des activités de marché, mais la part du lion reste entre les mains des traders. Pour y parvenir, certains vont jusqu'à développer des stratégies de " hold-up " - menacer de partir chez un concurrent avec ses équipes et ses clients - pour augmenter leurs prétentions. Les clauses de non-concurrence - limitées notamment dans l'espace - ne permettent pas de les contrecarrer.

Le niveau de la rente à répartir dépend pourtant en très grande partie de la conjoncture financière plutôt que du mérite individuel. Mais les traders et leurs chefs de salles sont en situation d'établir un quasi-droit de propriété sur les capitaux qu'ils gèrent et les bénéfices qui en sont tirés. Toutes les stratégies internes de pouvoir tournent d'ailleurs autour de l'acquisition et de la préservation de ce capital de clients et d'opérations. Réalisant son propre recrutement sur des critères objectifs comme les diplômes des grandes écoles mais aussi sur des liens subjectifs, le personnel de la finance organise enfin son propre malthusianisme et garantit sa rareté.

Adrien de Tricornot

WORKING RICH

Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière

par Olivier Godechot

La Découverte, 307 p., 25 ¤


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